Carnet de bord : 24 mai 2009

Publié le 25 Mai 2009


Nous avons récupéré nos  trois cents kilos de matériel : sonars, écrans de contrôle, câbles... que l'équipage du patrouilleur Fulmar a mis à l’abri.

La mer est encore très forte : hier, des vents de plus de trente nœuds formaient des creux de trois mètres, tels que le bateau de Terre-Neuve a dû stopper plusieurs fois ses machines. Notre vol de reconnaissance en bi-moteur, pour repérer un peu mieux l'axe d'amerrissage de L'Oiseau Blanc fut agité, l’atterrissage très sportif. Comme nous le disions avant-hier, la zone est un vrai cimetière d’épaves : profitant d’une accalmie, nous nous sommes rendus en bateau à l'Ile aux Marins, anciennement appelée l'Ile aux Chiens, entre les hauts fonds des Grappins et l'ilot de l'Enfant Perdu... Moment émouvant, endroit aux milles naufrages ! Des dizaines de bouts de chaudières, de coques, une étrave perchée à vingt mètre de haut sur les rochers, celle du paquebot Transpacific ! Et comme nous étions à marée basse, on distinguait à trois cents mètres le moteur énorme qui dépassait de l'eau... Nous n’avons pu nous retenir de scruter les rochers pour essayer – on ne sait jamais – d’apercevoir un morceau de L'Oiseau Blanc !

La force de la mer est immense et incroyable... et pourtant quelques Saint-Pierrais se sont faits construire d'adorables petites maisons en bois dans l'axe redoutables des coups de vent des grandes marées... Je n'aimerais pas y dormir !

Nos recherches avancent aussi à terre : nous sommes en train d'enquêter sur un bout d'aile ou de gouverne, qui aurait été vu dans une des salines (abri de marin) en 1962... nous avons pris rendez-vous avec les descendants des habitants de l’époque.

Autre piste : nous allons fouiller dans les magasins de stockages du Musée de l'Arche de Saint-Pierre, car il se pourrait qu'il y ait des pièces inconnues des archivistes... Nous devons également voir des archives photos !

Comme dans tous les ports du monde, les langues se délient bien plus vite le soir, dans les bars de marins, comme « chez Tchéo », tenu par un Basque authentique. Après quelques « Coronas », on parle un peu de L'Oiseau Blanc, un peu plus du Ravenel : on sait qui a plongé pour récupérer l'hélice, que le bateau s'est coupé en deux, qu'il y avait à récupérer du cuivre à bord, une cloche aussi... Indices, légendes, racontars… Il y a un peu de tout mais jamais de fumée sans feu.
L'armateur du navire vient de mourir et l’on se rend compte que de nombreuses personnes connaissent la vérité sur ce naufrage... Mais on commence aussi à deviner pourquoi il y a eu ce long silence : responsabilités, assurances, erreurs... Ce que les Saint-Pierrais souhaitent maintenant, c'est être en paix avec ces tristes souvenirs, c'est savoir, enfin, ou il repose... Nous allons tâcher de les aider à refermer le bien triste dossier Ravenel.


Aujourd'hui en fin d'après midi,  une femme d'un certain âge mais connue pour sa grande érudition, vient  me dire : "vous ne croyez pas qu'ils se sont fait descendre par un garde côte ?"... Prudent, je signale que les navires des Ice Patrol Cutters étaient là pour signaler les icebergs mais également pour traquer les bootleggers, puisque nous étions en pleine Prohibition aux USA. N’oubliez pas que le blason de Nungesser, un cœur noir avec un crâne et deux tibias, était reproduit sur l’avion. « Non », insiste la dame, « ils ont été abattus sciemment, car il ne pouvait y avoir qu'un vainqueur de l'Atlantique : un Américain! ».

La légende d'un complot revient, mais restons prudents : notre hypothèse est plus sage... Ils voyaient les hauteurs de Saint-Pierre au-dessus de la couche de brouillard ; ils ont voulu, en s'alignat dans le 340°, amerrir près du port, à vitesse réduite ; ils pensaient pouvoir faire leur arrondi, couper le moteur, mettre l'hélice en croix, bien parallèle, et se poser... Le choc fut brutal.


Photo : J.-Ch. L'Espagnol.

 

Rédigé par Patricia Lamy pour Bernard Decré

Publié dans #Actualités

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